Jeudi 24 février, 8h30
J’ai mal dormi. Normal, à 4 dans un living de 15 m2 sur des banquettes marocaines, c’est pas évident. On s’est endormi vers 2h30, 3H du matin après avoir rigolé longuement de nos péripéties de la veille, comme des gosses de colonies de vacances. Je me lève, tout le monde dort encore, j’ai envie de voir le Maroc, moi! Allez, un p’tit tour dans le quartier pour trouver un déjeuner. Une épicerie semble ouverte, le cyber café, c’est pas la peine.
9h, je rentre à l’appartement, tout le monde dort encore, mais Nath est la première à se réveiller. On essaye de ne pas réveiller les autres tout en discutant et en se remettant de nos émotions de la veille. La rencontre avec les Gnawa a été très forte: on s’est tout de suite « senti » humainement et musicalement. Une jolie rencontre. Puis la logistique d’hier était assez « rock’n roll »…
12h, Gueck se pointe. Mission: aller trouver un violoncelle à la Médina. Mais tout d’abord, on passe par l’agence immobilière qui a loué l’appartement. On n’a toujours pas reçu les clés pour le deuxième (qui a en fait été loué à un autre client… plus offrant… et oui, ce sont les affaires!). Après 1h de négociations, 30 minutes d’attente de notre chauffeur qui nous emmènera à la Médina, nous voilà partis. On fait la connaissance d’Omar, un gars vraiment sympa et dévoué qui sera notre guide durant les prochains jours. Nous sommes toujours accompagnés de l’équipe de Notele (Thomas et Nathan) venus faire un reportage sur notre séjour au Maroc, la résidence et toutes nos péripéties.
13h30: On va au local de répétition. On a un rendez-vous avec une agence de location de voiture. On en aura bien besoin pour fouiller Casa et trouver LE violoncelle. Notre homme arrive enfin. Problème: il nous demande un passeport comme garantie locative! Ca me pose bien évidemment un problème: si jamais on se faisait arrêter? Mais ce sont les affaires… on est au Maroc… Donc, je cède mon passeport en précisant bien à Gueck que le gars avait intérêt à se pointer le 26 février, à 18h, AVANT le concert pour me rendre mon passeport… sino je ne joue pas… (Je commence à comprendre comment il faut négocier ici)
14h: On divise l’équipe en deux. Pendant que Nath, Gens et Stéphane travailleront sur les arrangements des morceaux de Gnawa Click, Corentin et moi, nous irons à la Médina. On nous propose un autre guide pour cette mission. Un sacré phénomène: un DJ qui, en même temps qu’il nous indique le chemin dans la Renault Clio, nous fait écouter ses mix sur son mac, apporte la dernière touche à ses oeuvres. On a eu droit à la Lambada, remixée et réinterprétée par notre homme… assez particulier. Faudrait que je retrouve un site ou l’autre de ce phénomène.
15h: On est à la Médina. Après avoir pris un repas vite fait (poisson frit), les négociations commencent. Visiblement, ça va être chaud… le vendeur ne veut pas céder son violoncelle à moins de 2000 dirams (200€) pour la LOCATION!! Alors qu’il coûte 8000 dirams… NEUF! Ca pue l’arnaque. Enfin, il parait que c’est normal, le vendeur nous explique: « Ici, on ne loue pas d’instrument. Si je fais ça, je ne le récupère jamais! »
Notre DJ a une autre idée qui va s’avérer être des plus foireuses: on va aller attendre dans le bar où il mixe habituellement « un copain qui connaît un copain qui connaît un violoncelliste ». Vous imaginez la combine… Il est 16h, tant qu’à faire, on s’installe à une table, on en profite pour boire notre première bière marocaine… puis deux, puis trois… On attend le copain en question. Au bout d’1h30 d’attente, je décide que le plan est foireux (oui oui, il m’a fallu 1h30 pour comprendre que c’était foireux mais j’ai vite pris l’habitude d’attendre, c’est le sport national ici). On retourne voir notre premier plan, à la Médina. Vu que maintenant, on est jeudi fin d’après-midi, on essaye de négocier deux jours de violoncelle pour 1500 dirams. Il ne veut rien entendre.
DJ a une autre idée: « Allons voir Mustapha, le pote de Gueck, il connaît peut-être quelqu’un ». Ce qui m’inquiète à ce moment là, c’est qu’à plusieurs reprises, notre DJ va demander à ses combines un « violon » à louer, et moi, je m’empresserai de corriger: un violonCELLE!! Mais Mustapha n’a rien.
Pendant ce temps, les autres sont en train de péter un câble. Un coup de téléphone de Gens me fait comprendre qu’il est déjà 18h, que ce serait bien de rentrer, tant pis pour aujourd’hui. Ce que nous faisons immédiatement…
19h, arrivée à Technopark, où se trouve notre studio d’enregistrement loué pour l’occasion. On répète aujourd’hui mes morceaux. J’ai choisi de leur proposer TOUT VA BIEN et LA RECREATION. On leur joue les riffs, visiblement, l’équipe Gnawa est au top: Abdou, à la guitare est une tuerie, il pige vite les séquences harmoniques, Reda au clavier a un sens de l’harmonie et du groove incroyable et les deux percussionnistes sont au top. On est assez impressionné par le jeu de Derbouka de Soufiane qu’on avait jusqu’à maintenant vu jouer uniquement de la batterie.
21h30, après 2h30 de répétitions intensives, deux morceaux mis en boîte rapidement (Tout va bien et La récréation), des jams dans tous les sens, 5h dans les rues de Casa à la recherche du violoncelle, on se dit qu’on a bien mérité d’arrêter pour aujourd’hui.
Reda (clavier), Soufiane (batterie), Karim (basse) partent jouer au Berock café, un club branché de Casa où ils jouent assez régulièrement. On décide de les rejoindre après avoir mangé. Donc, nous repartons vers nos appartements. 22h30, Gueck se pointe avec le repas. 23h, on se met en route pour le berock. Quelle ambiance là-bas! Le contraste avec notre quartier socialement défavorisé est incroyable. On se croirait dans un club de New-York branché. C’est donc ici que les jeunes entre 20 et 30 ans se retrouvent pour écouter du rythm’n blues, du funk, du jazz, du rock… et jammer. On s’amuse comme des fous.
00h30 du matin. Il est temps de plier bagages. Le sorteur a fait son boulot au pied de la lettre: il allume les lumières, coupe la musique et vide le bar au premier sens du terme. Nous, avec nos amis, on se fait une petite session acoustique/jam le long de la mer (le club se trouve en bord de mer, près de la grande mosquée)…
02h, on démarre. Nous sommes 7 au total (5 musiciens + équipe de tournage) pour entrer dans la Clio. Mais on n’a pas trop le courage d’appeler un taxi. Grave erreur! On décolle, mais il faut que quelqu’un se dévoue pour aller dans le COFFRE de la Clio… Gens se propose. (je rappelle qu’il s’agit du modèle berline de la Clio!). On se dit que on espère ne pas rencontrer de flic… on est optimiste.
A 1/2h de route du berock, un combi conduit par 2 policiers nous arrête…
Le policier, à moi: « Monsieur, vous êtes combien dans la voiture? »
Moi: « euh… 6″ (j’hésite bien évidemment à parler du Gens qui est dans le coffre, en train de faire silence complet!)
Le policier: « Monsieur, le Maroc est un pays civilisé! Vous ne pouvez être que 5 dans la voiture. Je suis obligé de confisquer la voiture et l’emmener à la fourrière »
Là, évidemment, on pense à Gens coincé dans le coffre qui pourrait se retrouver à la fourrière. Le policier me voit ennuyé et me propose: « Ecoutez, c’est la fourrière ou alors, on s’arrange ici, entre nous ». Traduisez « S’arranger entre nous » par « j’ai besoin d’un peu d’argent pour finir mon mois ». D’ailleurs il ne s’en cache pas et me demande 700 dirahms pour « son café ». Il me demande ce que je fais au Maroc et croit que je suis footballeur! « Allez, t’as la carrure d’un footballeur, non? David Bekham, tout ça… Dis la vérité! ». Je finis par lui sortir mon harmonica pour lui prouver que je suis bien musicien et là pour un festival! D’ailleurs, qu’est-ce que ça peut lui foutre que je sois musicien ou footballeur?
Finalement, sachant qu’on est des musiciens, il commence à nous trouver sympathiques, nous demande où et quand on joue. Je lui file un flyer de mon album et là-dessus il me dit « allez, vous m’avez l’air sympa, je vous rends 300 dirhams ». Gens est toujours dans le coffre, le policier n’a rien vu! On reprend la route.
Tous ces évènements nous ont visiblement tapé sur le cerveau vu qu’on arrive à se paumer dans Casablanca, à 2h du matin. Et on mettra 1h30 au lieu de 30 minutes pour rentrer dans nos appartements, écroulés de rire de tout ce qui vient de nous arriver. On se voyait déjà au commissariat, la tête du flic en voyant Gens endormi dans le coffre…. Enfin, je vous laisse extrapoler…
Est-ce qu’on trouvera finalement un violoncelle? La suite demain…!