Vendredi, 11h, on se lève de plus en plus tard. On se met au rythme du sud.
On est invité chez la maman de Anass car c’est vendredi… donc journée dîner en famille autour du couscous! On prend donc la voiture vers 12h45 (non, on n’est pas à l’avance). On arrive chez Anass, en plein de centre de Casa vers 13h30. L’accueil marocain n’est vraiment pas comme ici: à notre arrivée, les frères et soeurs d’Anass ainsi que sa maman nous accueille ne chantant. L’émotion est très forte. Après un couscous comme on n’en a jamais mangé, on décide de prendre les instruments et de chanter, jammer…
C’est alors qu’Anass nous dit: « dans la cuisine, il y a une pro du bendir ». On peut dire que ça a été « la grosse claque », comme on dit. Même Stéphane, notre spécialiste des rythmes n’a rien compris
. Ici, c’est ainsi: la musique se transmet de génération en génération, sans se prendre la tête, sans passer par l’une ou l’autre école, juste par l’oreille. Ce que nous, occidentaux, avons complètement perdu: demandez à quelqu’un de chanter au pied levé une chanson populaire, ou de danser, ou de frapper un rythme. C’est comme demander à un adulte dessiner quelque chose. Nous sommes pour la plupart des handicapés artistiques et les académies de musique essayent finalement de faire de la rééducation (enfin, c’est ce qu’elles devraient faire idéalement).
Bref, on quitte l’appartement à 16h, direction Technopark, dans notre studio de répétition. Sur la route, on a l’occasion de voir le centre de Casablanca, la maison communal etc… De bien jolies choses! On y découvre les anciennes maisons coloniales, des mosquées, etc…
16h30, on arrive au studio. Coup de téléphone de Gueck, l’organisateur: « le violoncelle arrive à 18h et vous le gardez jusque demain après le concerrt! ». Champagne! Entre temps, on commence à répéter les deux morceaux de mon répertoire. J’ai choisi Tout va bien et La récréation. Ce deuxième morceau peut paraître un choix curieux vu que Gnawa fait surtout de la musique « qui bouge » et La récréation est une ballade. Oui, mais c’est une ballade en 5/4 avec un groove et un motif de guitare qui fait un peu penser à des musiques africaines. Puis, j’ai aussi ma petite idée de ce qu’on peut en faire, sur la deuxième partie. En effet, on y a ajouté, en seconde partie du morceau, une jam en 4/4 où tout le monde va pouvoir s’éclater et offrir ce qu’il a de mieux. De fait, il ne faut pas 1/4 d’heure aux Gnawa pour faire déménager ce morceau et nous emmener dans leur univers musical fait de transe: cuivres, choeurs, guitares électriques déchirantes, ça déménage. Et je suis aux anges, assez ému de voir cette bande s’éclater sur ce morceau. Une fois nos deux morceaux en boîte, on se met au travail sur les morceaux de Gnawa Click: Maghrebi et Salam Alikoum. Le premier a un côté Andalou (vu l’étroitesse du détroit de Gibraltar, on comprend que l’Espagne et le Maroc ne soient pas si éloignés culturellement). Sur ce titre, je prend un saxe alto, Stéph est au soprano et avec Florent, le tromboniste de Gnawa, on s’éclate sur des riffs de cuivres. Je suis assez heureux de pouvoir rejouer du saxo, ça faisait si longtemps, qui plus est, dans une section cuivre! Sur le second titre, Anass m’initie à l’improvisation vocale orientale. J’avais jamais fait ça. Au début, j’étais assez timide, sur la retenue, puis il m’a mis en confiance et je pense que ça a été. Nath est aux guitares avec Zak, Co va bientôt nous offrir une improvisation de violoncelle et Gens au floor tom.
18h30, tadam, le violoncelle arrive! Notre enthousiasme va très vite être calmé quand on saura que le livreur veut récupérer son instrument CE SOIR, à 22H!! Je vous passe les détails, mais nous revoilà dans la ronde des coups de téléphones pour renégocier etc… Bref, finalement Gueck se pointe, donne son passeport à notre livreur comme garantie locative et on peut garder le violoncelle jusqu’au lendemain après le concert. Reste un détail: faut tout monter soi-même. On savait pour les cordes (Co a ramené un jeu correct) mais il faut en plus placer l’âme du violoncelle. Bon, on sait faire beaucoup de choses mais là, normalement c’est le boulot d’un luthier. Mais allez, soyons fous, Corentin et Gens vont la mettre eux-même, en la plaçant avec une pique à viande de barbecue. Comme je vous disais, on fait de tout… Le pire: ça a fonctionné! 
21h30, on clôture la répétition et nous partons tous, sous l’invitation de Florent, chez Frédérico, le voisin espagnol de Florent. Il organise un barbecue sur sa terrasse (et oui, on est le 25 février mais il fait encore 20 degrés dehors ce soir). Nous nous pointons donc au lieu de rendez-vous avec nos plats préparés du Paradisio (c’est la chaîne fastfood qui sponsorise le festival, bien loin d’une nourriture locale typique), et on réchauffe la viande. On se retrouve dans un tout autre milieu qu’hier soir et ce midi: on se croirait presqu’à Bruxelles, dans les quartiers de la Communauté Européenne: des espagnols, des français, des belges, des marocains, des allemands, des anglais. On dirait que le Maroc a convié toute l’Europe à sa table. Pas mal de musiciens, et il ne faudra pas attendre longtemps pour que Florent amène ses guitares, percus, Stéph a son sax, et on fait la connaissance d’un brillant trompettiste anglais qui viendra d’ailleurs le lendemain jouer avec nous sur scène…
Minuit, je propose aux autres de reprendre la voiture. On a pas beaucoup dormi, je suis épuisé et s’il faut chanter demain, j’ai besoin de repos. Nath reste dormir là car elle continue à faire la fête…
La suite au dernier épisode! 